Le retour des éxilés

Le retour des éxilés

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Saisis à la Révolution, rachetés par un abbé puis expédiés au Québec, les tableaux de l’exposition Desjardins font leur retour le 14 octobre en Europe, et plus précisément à Ordelles, au musée des Beaux-arts.

« Tous les biens ecclésiastiques sont à la disposition de la nation […] » 2 novembre 1789. Le décret sur la nationalisation des biens du clergé est adopté. Riche en œuvres d’art, le clergé voit partir plusieurs milliers de tableaux des églises de Paris. « Il y avait un aspect artistique réel dans les églises, souligne Guillaume Kazerouni, responsable des collections d’art ancien du musée des Beaux-Arts. Et comme tout le monde y allait, les œuvres avaient une visibilité exceptionnelle. » Pour une part dispersées dans les musées français -14 sont au musée des Beaux-arts de Rennes-, les œuvres sont toutefois trop nombreuses pour être toutes stockées : les saisies cèdent bientôt la place à des ventes. Quelques lots connaîtront une atypique destinée. Le pinceau dans les mains, Simon Vouet, Claude Vignon ou Jean-Jacques Lagrenée n’imaginaient probablement pas que leurs chefs-d’œuvre traverseraient l’Atlantique un jour…

Un abbé et son frère

« Comme de nombreux lots étaient en vente, ça n’était pas très cher », précise Guillaume Kazerouni. Un homme d’église français profite de l’occasion. À partir de 1801 et pendant près de 15 ans, l’abbé Desjardins rachètera des œuvres, avant de les expédier à son frère, abbé lui aussi… mais au Québec ! Là-bas, la carence en œuvres de qualité, dignes de servir de support à la dévotion, est réelle. Il lui fera parvenir 180 toiles. « L’abbé Desjardins les a fait partir de Brest, enroulées ensemble. » Pour une traversée de l’Atlantique des plus périlleuses : entre l’humidité et le sel, les toiles arrivent détériorées. Problème : pas plus que de peintres, le Québec ne compte, en 1817, de restaurateur.

De « bonnes âmes » décident de s’y mettre, avec plus ou moins de talent, restaurateurs improvisés, palliant à la pénurie de peintres dans la colonie. « Comme, dans les lots, il pouvait n’y avoir qu’une seule résurrection, ou qu’une seule nativité, et que toutes les églises du Québec en voulaient, on va petit à petit demander à ces personnes de faire des copies. » Leur art se perfectionne. C’est la naissance de la peinture au Québec.

Quarante de ces tableaux, datés du 16e au 18e siècle et jamais vus en Europe depuis la Révolution française, retraverseront l’Atlantique, direction le musée des Beaux-arts de Rennes, où ils pourront être vus d’octobre 2017 à janvier 2018. Parmi eux, quelques étonnantes découvertes, réalisées lors de l’étude des tableaux préliminaire à l’exposition. « Nous avons notamment découvert une toile transformée, s’enthousiasme Guillaume Kazerouni. Une représentation de Saint-Antoine par Simon Vouet, transformé en Saint-Roch grâce à l’ajout d’un chien, pour qu’il puisse aller… Dans l’église Saint-Roch ! »

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